Mesganthrop

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A propos du projet

La Wallonie compte de nombreux sites hérités d’un riche passé industriel. La gestion de ces anciens sites industriels, leur assainissement et la requalification de ces espaces est un défi que doit relever la Wallonie et représente une priorité réaffirmée par le gouvernement dans la déclaration de politique régionale (DPR) publiée en juillet 2014. La démarche de revalorisation est décrite dans le code wallon de bonnes pratiques (CWBP). Le choix de modes de gestion de sites adéquats passe par une bonne connaissance des milieux concernés. Une localisation et une caractérisation les plus précises possibles des zones impactées s’imposent. Ce sont des étapes qui peuvent s’avérer extrêmement longues et coûteuses ; ce qui freine la remise en état et l’assainissement des sites concernés.

Depuis quelques années, des outils d’analyse permettant la mesure de contaminants sur site se développent. Ces outils ont été conçus avec l’objectif de fournir des réponses rapides à moindre coût. Sans prétendre remplacer les mesures au laboratoire, qui resteront des références, la mise en place de ce type de démarche permet de multiplier les points d’investigation et ainsi d’affiner la phase de diagnostic/caractérisation, de localiser plus rapidement les « hot spots », d’orienter les « lots critiques » de terre vers le laboratoire, … tout en réduisant le coût. Cette manière de procéder peut constituer une économie sur le budget « orientation/caractérisation » du site en diminuant les étapes pré-aménagement/ pré-valorisation au profit des étapes post-caractérisation/assainissement.

Le présent projet s’inscrit dans cette démarche de gestion durable, intelligente et responsable du territoire. Il s’insère dans un projet de requalification d’espaces historiquement « anthropisés » et repose sur la mise en place d’un site atelier en partenariat avec un industriel : Roton environnement. Le site industriel concerné, héritage de l’exploitation du charbon, garantit une disponibilité au moins égale à une dizaine d’années. Dans ce cadre, il est tout à fait envisageable de tester des outils et des méthodologies permettant d’optimiser temps et moyens pour une gestion durable du site.


Objectifs

Développer une approche responsable de gestion d’espaces anthropisés par la mise en oeuvre d’outils de mesures sur le terrain qui : – en permettant des mesures rapides, conduit à diminuer les délais de caractérisation ;

  • en permettant la multiplication des mesures, conduit à une caractérisation plus précise de sites et sols pollués ;
  • et ceci à moindre coût.


Approche scientifique

Le projet repose sur la mise en place d’un site atelier. Il propose de quantifier les avantages et inconvénients de la mise en oeuvre de mesures de contaminants sur le terrain dans la gestion d’anciens sites industriels ; le but étant de trouver un compromis acceptable pour les gestionnaires de sites et l’administration, entre le coût des investigations nécessaires à la remise en état d’un site et les délais de réalisation. Le site mis à disposition ayant accueilli des activités liées au charbon, les polluants ciblés par l’étude seront en priorité les HAP (hydrocarbures aromatiques polycycliques) et les hydrocarbures (huiles minérales).

Seront testées une ou plusieurs techniques analytiques parmi celles citées au paragraphe 4.2 (état de l’art). Le choix se fera en fonction du budget disponible et des conclusions de l’étape 1 décrite ci après.

Le projet se déroulera en plusieurs étapes :

  • Etape 1
    • mettre à jour l’état de l’art existant concernant les outils de mesures de contaminants sur site pour valider le choix de (ou des) l’outil(s) à tester : il s’agira de consulter la littérature tant scientifique que technique pour identifier les différentes solutions qui s’offrent à nous. Il faudra aussi prendre contact avec les fournisseurs potentiels et, en croisant les différents renseignements et nos besoins, finaliser l’acquisition du matériel pour l’étude. En fonction du nombre d’options qui s’offriront à nous, il sera envisageable de travailler en location de matériel et pas forcément en acquisition.
    • En parallèle, il faudra faire un état des lieux des connaissances disponibles du site. Une cartographie sera réalisée pour juger de l’étendue des zones impactées à partir des données géoréférencées de caractérisation des contaminants existantes qui seront mises à disposition par le propriétaire du site. Ceci constituera l’état « zéro » de l’étude ; le but étant de faire évoluer cette cartographie en affinant l’identification de l’étendue des zones contaminées ou non par la multiplication des mesures rendue possible par l’utilisation d’outils de terrain.
  • Etape 2
    • Prise en main du (ou des) appareil(s) de mesure de terrain : une fois les appareils réceptionnés, il s’agira d’apprendre à les utiliser. Une validation des mesures sera donc réalisée au laboratoire (étalons et sols de référence) ce qui permettra de comprendre le mode de réponse de l’appareil, et d’estimer le degré de confiance à accorder aux réponses qu’il donne. Ceci revient à calibrer l’appareil, et estimer l’exactitude et la précision de la mesure. Cette étape permet de fixer les conditions optimales d’utilisations de l’appareil.
    • Mise au point de la mesure : une fois l’appareil pris en main, il s’agira de vérifier que son utilisation est compatible avec les matrices d’intérêt pour l’étude, c’est-à-dire des sols pollués. Les réponses données par l’appareil de terrain seront comparées à celles données par les appareils de laboratoire. Des échantillons prélevés sur site seront homogénéisés, séparés en deux lots pour subir chacun un protocole bien précis : soit le protocole « terrain », soit le protocole « labo » appliqué en routine par le laboratoire. Une étude de la corrélation entre les deux séries de résultats nous permettra de fixer et valider les conditions d’utilisation de l’appareil de terrain sur des matrices réelles.
  • Etape 3
    • Mise en oeuvre sur le terrain : les réponses avec l’appareil de terrain étant maitrisées, il s’agira alors de vérifier et de fixer la faisabilité des mesures sur le terrain. On devra alors se pencher sur plusieurs détails pratiques comme par exemple l’autonomie de l’appareil en terme d’énergie, l’accessibilité des points de mesures, la nécessité ou pas d’un aménagement sur site, …
      A l’issue de cette étape, un protocole de mise en oeuvre de mesures sur site sera rédigé.
    • Comparaison d’approches : réalisation de la caractérisation complémentaire du site d’étude en suivant les procédures du CWBP. En parallèle une caractérisation de la même zone sera menée en utilisant les mesures de terrain. Chacune des deux approches sera évaluée en termes de temps passé, de délai d’obtention des résultats, de coût, et une cartographie de l’état de contamination du site sera établie.
  • Etape 4
    • A l’issue de l’étape 3, une comparaison des deux approches (terrain et labo) sera réalisée. Il sera possible d’identifier les points forts et les points faibles de chacune d’entre elle, et de mesurer l’intérêt d’ouvrir le cas échéant, les procédures en vigueur en Wallonie à ces nouvelles pratiques.
    • En fonction des conclusions tirées, une proposition de modification des procédures officielles de gestion des sites en Wallonie pourra être rédigée en veillant à encadrer la démarche. Il ne s’agira pas de remplacer systématiquement les analyses au laboratoire par des analyses sur le terrain mais d’aller vers une optimisation de la durée des études et de la consommation des budgets.
    • Sans anticiper sur les conclusions du projet, mais à titre d’illustration des propos qui précèdent, on pourrait imaginer que soit préconisée l’utilisation des outils de terrain dans une étape ou l’autre des procédures décrites dans le CWBP, par exemple lors de l’étude d’orientation ou encore le suivi d’un traitement.

Le projet est un partenariat entre différents laboratoires de l’ISSeP (UMS pour les aspects « mise au point et comparaison terrain/laboratoire » ; la cellule DSAR et le labo de référence pour les aspects « mise en oeuvre de la démarche décrite dans le CWBP » et les potentielles modifications des procédures officielles) et un industriel qui met à disposition un site et prend à sa charge une partie des investigations de terrain (30 k€).

Le « budget Moerman » sollicité pour la réalisation du projet est estimé à 747 k€ répartis sur 3 ans à raison de 207 k€ la 1ère année, 299 k€ la seconde et 241 k€ la dernière année.