SANISOL

Biomonitoring de l’exposition au plomb, au cadmium et à l’arsenic chez les bénéficiaires du Coin de Terre de Bressoux (CTB) et la population du quartier de Bressoux (2018-2020)

Le site du « Coin de Terre de Bressoux » (CTB) est un potager collectif urbain parcellisé de 6 hectares. Il est probablement aussi l’un des plus contaminé en « métaux lourds » de Wallonie. Depuis 2017, plusieurs études ont mis en évidence des niveaux élevés en plomb, cadmium et arsenic dans les sols du CTB, probablement héritée des rejets liés à la métallurgie, typiques du bassin industriel liégeois.

Des analyses réalisées sur les fruits et les légumes cultivés au CTB révèlent que 30% d’entre eux dépassent les valeurs réglementaires européenne pour le cadmium ou le plomb. Leur consommation, tout comme l’exposition par ingestion non-intentionnelle de particules de sols contribuent donc à augmenter l’exposition aux métaux lourds et poser des risques sur la santé.

Ces constats ont conduit à la réalisation de plusieurs campagnes de biomonitoring dans le quartier de Bressoux couplées à des analyses environnementales au domicile de certains participants. Ces travaux ont été menés, à la demande du SPW, par la cellule Environnement-Santé de l’ISSeP en collaboration avec le CHU de Liège dans le cadre du projet SANISOL.

Trois campagnes de biomonitoring ont été réalisées dans le cadre du projet SANISOL. Elles ont permis de collecter le sang et l’urine de près de 200 participants. Ces campagnes avaient pour objectifs de :

  • Déterminer les imprégnations en métaux et les risques pour la santé des habitants de Bressoux qu’ils fréquentent ou non le CTB ;
  • Déterminer si les imprégnations des jardiniers/bénéficiaires du CTB montrent une saisonnalité été-hiver ;
  • Déterminer si les imprégnations des bénéficiaires du CTB sont supérieures à celles des habitants de Bressoux qui ne fréquentent pas le CTB ;
  • Etudier les sources de contamination potentielles aux métaux des habitants de Bressoux ;
  • Aider à orienter les mesures de gestion du CTB de manière à réduire l’exposition aux métaux présents dans le sol et mieux informer la population locale sur les risques encourus et les moyens de les réduire.

SUBSTANCES

Les métaux dosés lors des biomonitorings de Bressoux, dans le sang et l’urine des participants sont le cadmium, le plomb, l’arsenic spécié (formes toxiques de l’arsenic), qui sont les plus toxiques, mais aussi le cuivre, le molybdène et le zinc, en raison de leurs concentrations élevées dans les sols.

RESULTATS

Les résultats issus des différents biomonitoring (1ère campagne au niveau des jardiniers du Coin de Terre de Bressoux, 2ème campagne de contrôle sur un sous-groupe et 3ème campagne sur un groupe témoin habitant le quartier de Bressoux mais n’ayant aucun lien avec le CTB) ont montré que l’imprégnation en cadmium chez les usagers du CTB, et dans une moindre mesure de l’arsenic spécié, était significativement supérieure à celle du groupe témoin). Ainsi, bien qu’aucune personne ne dépasse le seuil d’intervention pour le Cadmium urinaire, 55% des usagers du CTB sont en situation de vigilance (redescendant à 35% pour le groupe contrôle), comparé à seulement 8% pour le Témoin.

Le groupe témoin présente quant à lui des imprégnations de l’ordre de ce qui est retrouvé en population générale. Concernant l’Arsenic spécié, 13% des personnes, que ce soit au niveau des usagers du CTB ou du groupe témoin présentent une valeur égale ou supérieure à la valeur d’intervention (15 μg/g.cr) indiquant qu’un risque d’effet négatif sur la santé concerne proportionnellement plus d’individus dans ces deux populations qu’en population générale. Pour le plomb, les imprégnations mesurées lors des trois campagnes à Bressoux se situent plutôt dans la gamme haute des plombémies qui devraient être actuellement mesurées dans une population générale adulte, représentant, en termes de dépassement de la valeur de référence de 50 μg/L (situation de vigilance), 6 % (populations « contrôle » et « témoin ») à 10% (population « Sanisol-1 ») des effectifs, respectivement. Cela dit les différences de plombémies observées entre la population témoin et la population du CTB, si elle est relativement faible, était tout de fois significatives.

Les deux groupes ne présentaient pas de différence notoire pour les biomarqueurs urinaires du Cu, du Zn et du Mo.

Une diminution générale des imprégnations est également observée entre l’été (BMH SANISOL-1) et l’hiver (BMH-Contrôle), particulièrement pour le Cd et le Cu. Cette réduction peut s’expliquer par une réduction de la fréquentation et/ou de la consommation des fruit/légumes

Bien que l’origine de ces polluants dans l’environnement soit multiple (alimentation, eau, sol, air, etc.), des teneurs élevées ont été retrouvées dans les sols du jardin potager du CTB, et sont du même ordre que dans les sols aux alentours. Les poussières retrouvées aux domiciles des jardiniers reflètent également un niveau non négligeable en polluants. Par ailleurs, la particularité des usagers du CTB est marquée en termes de profil de population (origine plus cosmopolite, plus masculine, moins diplômée, plus « ouvrière » et un peu plus âgée), et d’intensivité d’usage du jardin potager (fréquentation élevée du jardin potager et auto-consommation importante de la production). Dès lors, le risque accru pour la santé des usagers du CTB est probablement lié à la contamination des sols en métaux et à des facteurs de surexposition populationnels et comportementaux.

Du reste, les bénéfices psycho-sociaux, sanitaires et économiques procurés par l’accès à des espaces verts et/ou cultivés de proximité en zone urbaine en regard des enjeux contemporains de santé publique (obésité, asthme, stress, isolement, inégalités de santé, déséquilibres alimentaires …) doivent être également pris en compte, spécifiquement pour les usagers du CTB pour lesquels le jardin potager occupe une place prépondérante.

Les résultats de l’étude ont été communiqués vers différents publics (participants, gestionnaires locaux, autorités régionales, médecins locaux, presse) en appui avec la cellule communication de l’ISSeP, l’ASBL espace-environnement et la Ligue des coins de terre de Bressoux.


COLLABORATIONS


DOCUMENTS

Valorisation scientifique :

Maggi P., Petit J.C.J., Pirard C., Charlier C., Ruttens A., Goidts E., Gosselin P., Remy S. (2019)  Human biomonitoring for gardeners exposure to contaminated soils in Liège. 11th International Symposium on Biological Monitoring in occupational and Environmental Health (ISBM-11), 28-29/08/2019 (ORAL)

Petit J.C.J., Remy S., Maggi P., Goidts E., Gosselin P. (2019) Evaluation de l’exposition à des sols pollués en Wallonie. 4eme rencontres nationales de la recherche sur les sites et sols pollués. ADEME, Montrouge 26-28/11/2019 (POSTER)

Petit J.C.J., Remy S., Maggi P., Jacques A., Goidts E., Gosselin P. (2021) Human biomonitoring surveys on adult populations exposed to contaminated soils (Pb, Cd,  As) , focus on health risks due to urban food production. AquaConsoil 2021, abstract 50278 p32. (ORAL)

Petit J.C.J., Maggi P., Pirard C., Charlier C., Ruttens A., Remy S. (2022) Exposure biomarker concentrations (Pb, Cd, As, Cu, Zn, Mo) in urban gardeners exposed to soils contaminated by past metal processing activities. Submitted to Journal of Environmental Sciences.

Documents à destination du public et des autorités :

Documents à destination des professionnels de santé :

Autres liens utiles :

CONTACTS

Pour de plus amples informations avant, pendant ou après l’étude, vous pouvez nous contacter :

Chargés de projet : Jérôme Petit (j.petit@issep.be), Patrick Maggi, Aline Jacques.
Responsable de Cellule : Suzanne Remy
ISSeP – Cellule Environnement-Santé, 200 Rue du Chéra – 4000 Liège
Tél. 04 229 82 11 (Accueil ISSeP : 04 229 83 11)
Email : biomonitoring@issep.be